Le shawarma — ou chawarma — est l'une des préparations les plus emblématiques de la cuisine du Levant. Présent du Liban à la Turquie en passant par la Syrie, la Palestine, la Jordanie et l'Égypte, il décline une idée simple et géniale : superposer des tranches de viande marinée sur une broche verticale, les faire cuire face à un gril, et trancher au fur et à mesure que la couche extérieure dore. Le résultat est une viande à la fois croustillante en surface et fondante au cœur, parfumée par une marinade qui peut compter jusqu'à vingt épices différentes.

Au Liban, le shawarma n'est pas une street food anonyme : c'est une affaire de famille, de quartier, de transmission. Chaque maison défend sa marinade, son mélange d'épices, son geste pour rouler le sandwich, et ses habitués savent reconnaître à l'aveugle la signature de leur enseigne préférée. Au Cœur du Liban, rue de Lancry à Paris 10, la recette est restée la même depuis 1998 — transmise par l'oncle, perpétuée par Melhem aujourd'hui. Voici, en détail, comment on prépare un vrai chawarma libanais.

1. L'histoire du shawarma : d'Anatolie au Liban

L'invention de la broche verticale est généralement attribuée à un cuisinier ottoman du XIXe siècle, en Anatolie : on cherche alors à faire cuire plus efficacement les agneaux entiers en utilisant la gravité, qui permet aux jus de ruisseler le long de la pièce sans la dessécher. La technique se diffuse rapidement à travers l'Empire ottoman, qui couvre alors une large partie du Moyen-Orient, et chaque région l'adapte à ses propres traditions culinaires.

En Turquie, elle devient le döner kebab — viande hachée, ou tranches de viande, épicée avec cumin, origan et paprika, accompagnée de yaourt et de pain pide. En Grèce, c'est le gyros, plus marqué par les herbes méditerranéennes et la sauce tzatziki. Au Levant — Liban, Syrie, Palestine —, la broche prend le nom de shawarma, du verbe arabe tchewerme qui signifie « tourner ». La marinade s'enrichit alors d'un mélange d'épices propre à la région : les fameux « sept-épices » libanais, l'ail, le citron, le sumac, et toute une famille d'aromates qui donnent au chawarma sa signature.

Broche de poulet en cuisson au Cœur du Liban
La broche de poulet, montée le matin même rue de Lancry — chaque couche alterne viande marinée et fines lamelles de gras.

2. Choisir la viande : le bon morceau pour la bonne broche

La réussite d'un chawarma commence chez le boucher. Pour la broche rouge, on cherche une viande qui supporte une cuisson lente sans se dessécher : aiguillette de rumsteck, faux-filet ou épaule de bœuf pour la version moderne, gigot d'agneau pour la version la plus traditionnelle. Les morceaux sont taillés en escalopes très fines, d'environ trois millimètres d'épaisseur — une découpe que les bouchers spécialisés savent réaliser à la machine.

Pour la broche blanche, on utilise exclusivement de la cuisse de poulet désossée, jamais le blanc. La cuisse contient plus de gras et de collagène, elle reste donc moelleuse même après plusieurs heures de cuisson. Au Cœur du Liban, nous sélectionnons une volaille française élevée au sol — la qualité de la matière première fait, à elle seule, 70 % du résultat final.

Entre chaque couche de viande, il est essentiel d'intercaler de fines lamelles de gras : queue de bœuf pour la broche rouge, peau et graisse de poulet pour la broche blanche. Ce gras va fondre pendant la cuisson, ruisseler le long de la broche, et arroser en permanence les couches inférieures. C'est ce qui donne au chawarma sa texture caractéristique et ses arômes profonds.

3. La marinade : le cœur de la recette

La marinade est l'âme du chawarma. Chaque maison garde la sienne, et les variations sont infinies — mais les fondamentaux sont les mêmes. Pour la broche de bœuf, on mélange en proportions précises : cumin, coriandre moulue, cannelle, piment de la Jamaïque, cardamome verte, clou de girofle, paprika doux, poivre noir, muscade, gingembre en poudre, et bien sûr du sel. À ce mélange sec, on ajoute du vinaigre blanc (ou de cidre), un peu de jus de citron, une généreuse rasade d'huile d'olive et de l'oignon râpé qui rend ses sucs naturels.

Pour la broche de poulet, la base est plus acide et plus douce : yaourt nature grec, jus de citron jaune, ail écrasé en abondance (parfois jusqu'à une tête entière par kilo de viande), sept-épices libanais, curcuma, paprika doux, sumac, huile d'olive. Le yaourt joue ici un rôle essentiel : ses ferments lactiques attendrissent les fibres du poulet et lui donnent sa couleur dorée caractéristique à la cuisson.

La viande est ensuite massée à la main pendant plusieurs minutes — il faut vraiment que chaque morceau soit imprégné — puis placée au réfrigérateur, dans un récipient hermétique, pendant 12 à 24 heures. Pas moins. C'est ce temps long qui permet aux arômes de pénétrer la fibre et de transformer un simple morceau de viande en un chawarma digne de ce nom.

4. Le montage de la broche : un geste de précision

C'est l'étape la plus technique. Une broche maison pèse entre 8 et 25 kilos selon le format de l'enseigne, et son montage demande de la patience et du métier. On commence par planter au bas de la broche un cône métallique qui retiendra les premières couches. Puis on empile les escalopes de viande marinée une à une, en alternance avec les fines lamelles de gras, en serrant bien pour éviter les bulles d'air qui se transformeraient en cavités après cuisson.

Au sommet, on couronne traditionnellement la broche d'une demi-tomate et d'un oignon entier : ils vont caraméliser pendant la cuisson et leurs jus parfumeront les couches supérieures. Le tout est ensuite mis à reposer au froid pendant quelques heures, le temps que la broche prenne sa forme conique caractéristique — plus large au milieu, plus fine aux extrémités.

Sandwich shawarma poulet roulé, navets marinés et tomates
Le sandwich shawarma poulet, roulé serré dans un pain libanais grillé.

5. La cuisson lente : la patience comme ingrédient

La broche est installée verticalement face à un gril vertical, généralement au gaz aujourd'hui — au charbon dans les versions les plus traditionnelles. Elle tourne lentement sur elle-même, exposant chaque face à la chaleur. La cuisson dure plusieurs heures, et la beauté du système est qu'elle est continue : on commence à trancher dès que la couche extérieure est dorée et croustillante, on prélève deux ou trois millimètres, puis on laisse la couche suivante cuire à son tour.

Le geste de la découpe est, là encore, un savoir-faire. On utilise un long couteau effilé — au Liban, on garde souvent le même couteau pendant des années, soigneusement aiguisé chaque matin — et on tranche du haut vers le bas, d'un mouvement vertical et fluide. Les lamelles tombent directement dans une assiette en métal qui les récupère sans qu'elles refroidissent.

Cette cuisson par strates donne au chawarma sa signature gustative : une texture à la fois croustillante (la couche extérieure caramélisée) et fondante (le cœur de la viande, qui a cuit doucement dans son propre jus). Aucune autre méthode de cuisson ne produit ce double registre.

6. Le pain, les sauces, les garnitures : l'art du sandwich

Une fois la viande tranchée, on monte le sandwich. Le pain est un pain libanais (markouk ou saj) — une galette très fine, souple, parfois grande comme un set de table. On le passe quelques secondes sur le gril pour le détendre et lui donner ces petites bulles dorées caractéristiques.

Sur le pain, on étale d'abord la sauce. Pour la broche de bœuf, c'est le tarator : une crème de sésame (tahini) montée à l'eau, au citron et à l'ail, légère et nappante. Pour la broche de poulet, c'est le toum : une émulsion d'ail cru montée à l'huile, ferme et puissante, dont la blancheur tranche avec la dorure de la viande.

On ajoute ensuite la viande encore chaude, puis les garnitures dans un ordre précis : navets marinés roses (kabis lift, dont la couleur vive vient de la betterave qui colore la saumure), cornichons aigres-doux, tomates fraîches en petits cubes, persil plat haché finement, oignon rouge en lamelles, parfois quelques frites au cœur du sandwich (une signature de certaines régions du Liban). On termine par un dernier filet de sauce, on roule serré dans une feuille de papier sulfurisé, on dore éventuellement le sandwich quelques secondes à la plancha pour caraméliser le pain — et on déguste sans attendre.

7. Pour aller plus loin : variantes régionales et erreurs à éviter

Le Liban est un petit pays, mais chaque région a sa version du chawarma. À Beyrouth, on est plutôt sur des marinades douces et des sauces généreuses. Dans la Bekaa, on aime les épices puissantes et les marinades sèches. Dans le sud, l'agneau est roi et le sumac est plus présent. Dans le nord, on intègre parfois un peu de mélasse de grenade pour une touche acidulée.

Quelques erreurs classiques à éviter quand on tente la recette à la maison. Premièrement, ne jamais sacrifier le temps de marinade : moins de 12 heures, et le résultat sera fade. Deuxièmement, ne pas oublier le gras : sans lui, la viande sèche et perd sa texture. Troisièmement, trancher à la commande : un chawarma préparé en avance et réchauffé n'a plus aucun intérêt — il faut le manger dans les minutes qui suivent la découpe.

Enfin, le pain. Un mauvais pain ruine le meilleur chawarma. Préférez un vrai pain libanais (on en trouve dans les épiceries orientales) plutôt qu'une tortilla mexicaine ou un pain pita industriel : la texture, l'élasticité, le goût ne sont pas du tout les mêmes.

8. Le shawarma au Cœur du Liban : 27 ans de tradition

Depuis 1998, Le Cœur du Liban perpétue cette tradition rue de Lancry, à deux pas du canal Saint-Martin. La même marinade depuis le premier jour, transmise par l'oncle fondateur à Melhem, son neveu, qui a repris la maison en 2022 après avoir travaillé quinze ans à ses côtés. Les broches sont montées chaque matin dans la cuisine, le pain est passé sur le gril à la commande, et les navets marinés sont préparés en interne dans une saumure maison.

Le sandwich shawarma — bœuf ou poulet — est notre plat le plus commandé. Il s'emporte en quelques minutes, se déguste au comptoir ou se prolonge sur les quais du canal Saint-Martin, à trente mètres de la boutique. C'est, pour beaucoup de Parisiens, un rituel hebdomadaire — et nous mettons un point d'honneur, vingt-sept ans après l'ouverture, à ne jamais transiger sur la qualité.

Goûter le shawarma maison

Commandez votre sandwich

Disponible sur place, à emporter ou en livraison — 7 jours sur 7.

06 58 48 84 08

Questions fréquentes sur le shawarma

Quelle est la différence entre shawarma, chawarma et döner kebab ?+

Shawarma et chawarma désignent la même préparation — c'est la transcription du mot arabe شاورما, qui signifie « tourner ». Le döner kebab turc partage le même principe de broche verticale, mais la marinade, les épices et l'accompagnement diffèrent : le shawarma libanais utilise les sept-épices, l'ail, le citron et le sumac, là où le döner turc privilégie le cumin, l'origan et le yaourt.

Quelle viande utilise-t-on pour un vrai shawarma libanais ?+

Au Liban, on utilise traditionnellement deux viandes : l'agneau ou le bœuf pour la broche rouge, et le poulet (cuisse désossée) pour la broche blanche. Les morceaux les plus utilisés sont l'aiguillette de rumsteck, le faux-filet ou l'épaule pour le bœuf, et la cuisse de poulet pour sa tendreté. Au Cœur du Liban, nos broches sont au bœuf et au poulet, montées chaque matin.

Combien de temps faut-il pour mariner la viande ?+

La marinade idéale dure entre 12 et 24 heures au réfrigérateur. En dessous de 12 heures, les arômes ne pénètrent pas la fibre ; au-delà de 24 heures, le citron commence à « cuire » la viande et la rend filandreuse. Pour une marinade express, 4 heures donnent un résultat correct mais moins profond.

Peut-on faire un shawarma à la maison sans broche verticale ?+

Oui. Vous pouvez tailler la viande marinée en fines lamelles et la saisir à la poêle très chaude, ou la faire cuire au four sur une plaque à 220 °C pendant 15 à 20 minutes en la retournant. Le résultat n'aura pas le croustillant de la broche, mais les arômes seront fidèles à la recette.

Qu'est-ce que la sauce toum, et comment la prépare-t-on ?+

Le toum est une émulsion d'ail crue, typiquement libanaise. On mixe de l'ail épluché avec du sel, puis on monte l'émulsion en versant alternativement de l'huile neutre et du jus de citron, à la manière d'une mayonnaise sans œuf. Le résultat est une crème blanche, ferme et puissante, qui accompagne traditionnellement la broche de poulet.

Quels accompagnements traditionnels avec le shawarma ?+

Dans le sandwich : navets marinés roses (kabis lift), cornichons, tomates, persil plat, oignon rouge, et la sauce — toum à l'ail pour le poulet, tarator au sésame pour le bœuf. À l'assiette : riz vermicelle, salade fattouche ou taboulé, hommos, et un quart de citron.

Le shawarma du Cœur du Liban est-il fait maison ?+

Oui, nos broches de poulet et de bœuf sont marinées et montées chaque matin dans notre cuisine, rue de Lancry. Nous utilisons la même recette de marinade depuis 1998, transmise par l'oncle de Melhem, fondateur de la maison. C'est ce geste quotidien qui fait notre réputation auprès des habitués du quartier et bien au-delà.